En bref
Mark Blezinger, réalisateur allemand, artiste vidéo et photo, vit à Paris depuis 1989.
Parallèlement aux films documentaires et aux courts-métrages, il donne vie à ses propres mondes imaginaires – souvent sous forme de vidéo. Il combine les effets de la « laterna magica » avec le traitement moderne de l’image numérique et du photomontage. Son travail dans les grands théâtres et opéras européens, entre Paris, Berlin et la Suisse, se situe à l’origine de multiples mises en scène photographiques.Une collection d’images de rêves théâtrales : « Back to Modern Myth » en noir et blanc constitué de photos autobiographiques explore de nouveaux territoires visuels. L’expression humaine s’envole en chimères, le fantastique se mêle à l’humour noir et la poésie sombre des images sert à fixer l’émotion.
Mark Blezinger, a German director, video and photo artist, is living in Paris since 1989.
Alongside making documentary films, he creates his own worlds of images, often in the form of video. He combines «laterna magica» effects with modern treatment of the digital image. His work over the years between Paris and Berlin, in the major European theatres and operas, expresses itself in multiple stagings of images. «Back to Modern Myth» is a collection of dream-images of the theatre in black and white. Mark Blezinger blended autobiographical photos into new photographic subjects. Human expression transforms into chimera, the fantastical combines with black humour and the dark poetry of the images captures the emotion.
« Back to modern mythe, est une collection de photomontages en noir et blanc réalisés à partir d’un fond photographique que j’ai constitué lors de mes voyages à travers les différents continents depuis l’âge de 15 ans. De l’argentique au numérique : en parallèle avec mon travail cinématographique et théâtral, je photographie le monde tel qu’il se présente sous forme de portraits, de reportages, de photos d’observation et de paysages, pour le mettre en images fixes comme les scènes d’un "film noir". Les spectateurs y retrouvent des éléments allant de l’iconographie médiévale d’un Hieronimus Bosch, au romantisme et à l’expressionnisme allemand pour comparer ces images aux rêves surréalistes. Il y a certainement un peu de tout cela. Toujours est-il que j'essaye, à partir de ces archives, d’écrire - en images fixes et en vidéos –, à l’époque d’une naissance des techniques virtuelles, des histoires anciennes avec des nouvelles images puisées dans le fond de ma culture européenne.
Je vis depuis 1989 entre l’Allemagne et Paris. J’ai exposé mes photographies à NY, Madrid, Berlin…L’opportunité qu’offrent le Mois de la Photo 2008 et la Galerie Basia Embiricos me permet d’exposer mes derniers travaux pour la première fois à Paris. Je voudrais y ajouter, en première mondiale, l’exposition publique de deux de mes photographies, en image relief rétro éclairé grand format, réalisées en collaboration avec Pierre Allio (Alioscopy) et Guillaume Rouvroy (Multipass – 3D)."
Employant un nouveau procédé numérique extrêmement complexe et onéreux qui est capable de superposer et d’incruster les unes dans les autres jusqu’à soixante couches d’images, l’« Alioscopy » relègue largement dans l’ombre les traditionnelles images en 3-D. Ainsi croit-on que dans la cathédrale baignée d’une lumière diffuse, la figure féminine pleine de sensualité photographiée par Blezinger va se mettre à chanter d’un moment à l’autre, la nef de l’église semble s’évaporer dans le lointain et l’on pense pouvoir prendre dans ses mains les oiseaux volant dans l’espace. Toutes deux créées en 2006, Nella Cathedrale et La Fortune de Vendôme, une œuvre de commande, sont de pures illusions photographiques, de sublimes chefs-d’œuvre numériques ou de courts films de théâtre – à la fois tangibles et insaisissables
MarK Blezinger
SITE DE L'ARTISTE
CV. resume
MARK BLEZINGER
Né en 1962 à Baden-Baden, Allemagne
EXPOSITIONS
2009 -GALERIE BASIA EMBIRICOS, Paris «La Nuit des Vampires»
-Exposition collective pour le magazine Travioles
-SLICK au 104, Paris, Galerie Basia Embiricos
-ART ATHINA, Athènes, Galerie Basia Embiricos
-SONIC, Vienne
-GOLDBACH CENTER, KüsnachtZürich 2008 -2-Art Gallaria Punt & Kunstraum Riss, Samedan-St. Moritz
-ARTPHOTOEXPO Miami, USA. Galerie Basia Embiricos
-SALON DE L’ALIOSCOPY, Neuilly. Image relief
-GALERIE BASIA EMBIRICOS, Paris. Exposition collective MOIS DE LA PHOTO
-STRANDHOTEL STEIGENBERGER, Zingst, Allemagne. «Back to Modern Myth»
2007 -GALERIE BASIA EMBIRICOS, Paris. Exposition collective
-Y-GALLERY, New York. Exposition collective
-CARMIGNAC GESTION, Place Vendôme, Paris
2006 -GALERIE TROMPETE, Berlin. Exposition
-GALERIE PORT AUTONOME, Paris. Exposition collective
2005 -GALERIE VIEILLE DU TEMPLE, Paris. Exposition collective
-ESTAMPA, Madrid,. Bervillé-Editions
-GALERIE BERVILLÉ, Paris. Exposition collective pendant la FIAC
2004 -SATIS, Paris. Salon international français de l’audiovisuel.
1999 -ECOLE DES BEAUX ARTS, Paris. Exposition et projection du documentaire
DUCHENNE DE BOULOGNE OU L’ANATOMIE DES PASSIONS
1988/89
-SCHAUBÜHNE, Berlin et THÉÂTRE DE L’EUROPE, Paris.
-L’EXPRESSION DES ÉMOTIONS DANS LA PHYSIONOMIE HUMAINE, travail
photographique réalisé avec les acteurs de la Schaubühne am Lehniner Platz
CRÉATION D’IMAGES PROJETÉES
2008 -NIKKI, décor vidéo pour l’Opéra de R. Straub, Zug, Suisse
2006 -TANGO BLUE CLIP, concert d’Alexandra Prusa/Replica Norma, Festival International de Tango, Buenos Aires
2005 -SUISSE DESIGN AWARDS, Théâtre National de Bern. WConsult HŒLLEKIN GEN 35°, décor vidéo pour le concert de Meret Becker au Bar Jeder Vernunft , Berlin. Tournée européenne
2004 -LE BESTIAIRE ANIMÉ, Festival Temps d’Images à la Ferme du Buisson, Théâtre Paris-Villette, tournée française en 2005/7
2003 -ÉCRIT AU FOUTRE NOIR /UN ANIMAL DE DOS LENGUAS, Cabaret au Club del Vino (Festival International de Buenos Aires)
-L’ILLUSION de Jean-Marie Piemme, La Grande Halle, Parc de la Villette. Ms Veronique Bellegarde, Tournée française
-CLOUD TECTONICS de José Rivera. La Ferme du Buisson/Scène Nationale de Forbach, Tournée française
2002 -L’HOMME AILÉ de José Rivera, Le Zéphyr/La Ferme du Buisson
REALISATION FILMS
2009 -«Prix Design de la Suisse», film institutionnel
-«Libanon International Tango Festival», documentaire
-COUNTING MY DAYS, fiction avec Rudolph Straub
2008 -SUMMER IN THE CITY, art-vidéo
2007 -Série documentaire : TOUS LE MONDE À LA PLAGE : RIO Brésil, DANANG Vietnam, WESTSTRAND DARSS Allemagne, SystemTV pour Arte France
2006 -GIULIANO PEDRETTI, documentaire avec Rudolph Straub, Television Rumantscha, Suisse
-VILMA VILLAVERDE, documentaire, Centro Cultural Louis Borges, Buenos Aires, Béla Compagnie, Paris
2005 -LA ROTA, fiction avec Rudolph Straub
-TITINA MASELLI, documentaire, Théâtre de Gennevilliers, Paris
-BLACK FOREST, fiction avec Rudolph Straub
2004 30/06, fiction avec R. Straub, Festivals : Ebensee (ours d’argent) Autriche, Gerona, Espagne, Varsovie, Pologne
2003 -LAST LEVEL II, fiction, Béla Compagnie, Paris. Festival Dervio
1999 -DUCHENNE DE BOULOGNE OU L’ANATOMIE DES PASSIONS, prod. Mirage Illimité/Béla Compagnie avec le soutien de l’E.N.S. des Beaux Arts, Paris. Festivals : Festival Psy de Lorquin 2001, Etats généraux du documentaire –LUSSAS 2000, 13ème festival int. du film vidéo –VEBRON 2000, sélection officielle au festival international vidéo Liège 2000, diffusions sur Planète
1998 -LE JARDIN D’EVE, documentaire, Planète.
Sélection officielle du Festival international
Keramos ’98
ÉTUDES et PARCOURS INSTITUTIONNEL
2005/7 -Conservatoire National d’Art Dramatique de Montpellier, enseignant de tournage et de montage vidéo
depuis 2000 -Nombreux cadrages, montages et trucages pour des films documentaires et courts-métrages (Amérique du Sud, Asie, Europe)
1999 - 2000 -Concepteur/réalisateur pour Bruxelles 2000
depuis 1998 -Réalisateur (télévisions ARD, ZDF, arte, FR2,
M6, WDR)
1998/9 -Attaché culturel au Goethe Institut, Paris
(Théâtre, nouveaux médias)
depuis 95 -Directeur artistique de la Béla Compagnie,
Paris
1990 - 96 -Conseiller artistique, coordinateur à
l’Académie expérimentale des Théâtres, Paris
depuis 89 -Metteur en scène (Festival d’Avignon, Festival d’Automne, Paris, Odéon/Théâtre de l’Europe,
Théâtre du Rond-Point)
1988 - 92 -Assistant réalisateur de Luc Bondy, Paule Muret, Guy Seligmann, Andrzej Wajda.
1985 - 89 -Assistant de mise en scène à la Schaubühne
am Lehniner Platz, Berlin (avec Luc Bondy, K.M.
Grüber, Peter Stein, Andrzej Wajda, Bob Wilson
et d’autres) et dans des nombreux théâtres
nationaux en France (P. Chéreau, J.-L. Gomez)
1982 - 85 -École d’acteur et études au départements de
Théâtre et de Philosophie à l’université de
Paris VIII
AUTRES
Mark Blezinger travaille également comme acteur, auteur et metteur en scène.
PRESSE. press
« Tu ne te feras pas d’image » – un commandement si lointain et si étrange dans le flot d’images de notre culture occidentale post-religieuse que personne ne pourrait avoir l’idée de l’évoquer si ce n’est de façon absurde, pensera-t-on certainement. Mais j’affirme que tous ceux qui s’occupent de produire et de montrer des images ne peuvent éviter, à un moment ou à un autre de leur activité, de méditer à leur propre usage sur le sens de cette règle archaïque.
Le judaïsme et l’islam ont mis cet interdit au fondement de leur pratique religieuse – et dans le christianisme, il a été repris par de larges pans de la Réforme protestante à une époque où en Europe, ce sont justement les plus grands artistes de la Renaissance qui étaient mobilisés pour aménager les églises et en faire des sortes de cinémas multiplex contemporains du méga-konzern global ayant pour nom Église catholique.
Si l’on omet quelques rares exceptions baroques, cette courte et riche période est restée, après l’iconoclasme calviniste qui aura provoqué jusque dans le monde catholique une stagnation des images, un apogée artistique solitaire qui allait marquer en profondeur, jusqu’au XXe siècle, notre sentiment iconographique.
On ne saurait s’en étonner – ou peut-être que si, car c’est elle qui a mis pour la première fois l’être humain, en tant qu’individu doté d’un corps, au centre des questions, en ne faisant souvent que l’enjoliver très sommairement ou en le dissimulant dans un contexte biblique. Le fait d’admettre que Jésus s’était fait homme donnait aux artistes l’opportunité d’exploiter les nouvelles connaissances anatomiques qu’ils s’étaient acquises en secret : une moitié du public voyait ainsi le Nazaréen exposé sur la croix sous l’apparence d’un jeune type sexy au corps bien sculpté et figuré dans ses moindres détails, n’ayant pour tout vêtement qu’un chiffon Armani autour des reins – tandis qu’un peu plus loin, une Vierge Marie tout à fait terrestre et craquante offrait à un enfant Jésus cette fois-ci tout nu une poitrine complètement dénudée et d’un design ultramoderne, ce qui aidait une seconde moitié de l’assistance à traverser les moments les plus ennuyeux de la messe – pour ne mentionner que les deux protagonistes les plus fameux du blockbuster de l’époque.
Car à présent, venons-en tout droit au plus brûlant des fers qui sont au feu – et pas seulement chez ces cinéastes de la commande religieuse –, au paradis. Ce qui nous permettra en somme de sauter les quelques siècles qui séparent Dürer de Blezinger. Car faisant fi comme tout vrai créateur de tous les interdits et de tous les commandements, ce dernier croit lui aussi être en mesure de revenir, par la seule vertu de son pouvoir artistique, en ce lieu d’où nous avons pourtant été chassés depuis des temps immémoriaux – précisément parce que nous n’avons pas su savourer d’un cœur pur les fruits qui y étaient à notre libre disposition, sans que la moindre goutte de sueur ait à couler de notre front.
Mark Blezinger, qui est né et qui a grandi dans un jardin paradisiaque du sud de la Forêt Noire, est si libre qu’en ce début du XXIe siècle, qui est loin de nous offrir uniquement des perspectives et des visions paradisiaques, il n’hésite pas à se glisser en personne dans le rôle principal pour nous guider à cet endroit où son Ève a certes dans sa main le seul fruit défendu, la pomme, mais où elle n’y a pas encore mordu : sans doute n’ont-ils fait jusqu’ici que jouer tous les deux des jeux innocents dans le jardin d’Éden. Et puisque la photo de Mark Blezinger a pour titre Monday, Paradise, on pense qu’Ève va probablement remettre la pomme dans le frigidaire et qu’il leur sera donc accordé de passer encore quelques jours au Paradis.
Mais attention : jusqu’où nous faut-il prendre notre homme au sérieux ? N’oublions pas qu’il est certes manifestement sorti du Paradis, mais qu’ensuite, une fois adulte, il est aussi passé par le théâtre et que par conséquent, il n’est peut-être qu’un saltimbanque et un joueur insouciant !
Or, les bons théâtres, qui, dans leurs meilleurs jours, ne sont naturellement pas seulement des temples du divertissement mais aussi, comme autrefois les cathédrales, des lieux de la connaissance et de la concentration, donnent aussi bien en spectacle les manifestations les plus extérieures de l’être humain que ses aspects les plus intimes et les plus secrets – et il est rare que les gens qui y travaillent soient simplement des étourdis. Mark Blezinger ne le sait que trop bien, lui qui a collaboré pendant de nombreuses années avec les plus grosses pointures du théâtre européen, qu’il s’agisse de la Schaubühne de Berlin ou du Théâtre de l’Odéon à Paris.
Et c’est à Berlin, à la Schaubühne, qu’il a d’ailleurs exposé pour la première fois en tant que photographe : la tâche vraiment peu futile à laquelle il s’était attaché alors, c’était de photographier les membres de cette troupe universellement connue, en leur demandant d’incarner des émotions précisément définies, qu’il a su fixer avec sobriété sur la pellicule noir et blanc au cours de longues et minutieuses séances de pose.
Et à vrai dire, Mark Blezinger est resté un metteur en scène d’images ou, pour le dire plus irrespectueusement, un manipulateur. Exactement dans le sens de ces maîtres de la Renaissance qui ne se contentaient pas de reproduire ce qu’ils voyaient. Il est donc un manipulateur allégorique de l’image : de manière parfaitement comparable à ces metteurs en scène visuels de la Renaissance, il soustrait la créature (homme, animal, plante, pierre, artéfact) au contrôle de ses premiers créateurs respectifs pour insuffler à ses êtres et à ses objets trouvés, grâce aux moyens les plus modernes du traitement numérique de l’image, une nouvelle existence et, souvent aussi, une signification inédite et surprenante.
Cela se produit parfois à frais apparemment les plus réduits, comme dans le cas des Baleias, les baleines de Paraty, ou des cerfs de Rosée matinale, mais aussi avec tout l’arsenal de ses armes artistiques numériques – comme dans Sur le divan et sa troublante psychologie des profondeurs ou dans l’ensorcelante nature morte de marionnettes intitulée Paris Fashion Week.
Les pierres ont des yeux, des poupées pleurent derrière des vitrines, des bateaux traversent des déserts de sable, et bien d’autres bizarreries. On se dit alors que la comparaison avec la Renaissance ne suffit plus et le parallèle historique nous amènerait plutôt du côté de Jérôme Bosch. Et puisque nous avons commencé comme il se doit par le Paradis, nous pressentons à présent toute l’étendue du cosmos de Blezinger, où, comme chez Bosch, le Paradis et l’Apocalypse peuvent en quelque sorte se dire bonjour dans la même image.
« Tu ne te feras pas d’image » : si j’ai cité ce commandement pour entrer en matière, ce n’est évidemment pas parce que je suis contre les images, mais parce qu’un homme aussi possédé par l’image que Mark Blezinger suscite des pensées radicales sur les images dans notre monde actuel.
Les interdits frappant l’image dans les mouvements religieux fondamentalistes n’ont pas seulement, comme on nous l’a souvent dit, l’idole dans leur collimateur, mais un territoire bien plus vaste : celui des rêves de l’être humain. Les images détournent les hommes de l’obéissance et de la soumission à la règle, elles nourrissent l’imagination, le plaisir qu’on prend à soi-même et à ses semblables et le désir de se faire ses propres représentations des choses visibles et invisibles de la vie.
C’est en ce sens que Mark Blezinger poursuit, avec des moyens d’aujourd’hui, la ligne de ces artistes qui débute sous nos latitudes chez les tailleurs de pierre de l’époque romane, atteint un premier apogée à la Renaissance et nous prépare, à travers les visions des surréalistes, à ce temps dans lequel nous vivons aujourd’hui.
Pour garantir l’existence d’une créativité affranchie de tout objectif et préserver la diversité de nos rêves, il est capital que des esprits aussi libres continuent de mettre au monde des images que ce monde n’a encore jamais vues.
Rudolph Straub, Zürich 2008
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