galerie basia embiricos presentation galerie basia embiricos photographes galerie basia embiricos evenements galerie basia embiricos galerie basia embiricos galerie basia embiricos
Olivier Camen


En bref

« Je travaille à partir de photographies trouvées. Le plus souvent elles représentent des photos de familles témoignant de leur temps, et n’ayant aucunes notions artistiques conscientes. Elles ne tiennent pas compte de règles de compositions et d’esthétiques établies. Elles ont été faites dans l’unique but d’enregistrer un moment éphémère.
Ces anonymes devant leurs clichés énigmatiques témoignent de leurs histoires, de notre histoire, de notre mémoire.
Ces images, que j’agrandis d’abord grâce au support numérique, sont traitées en peinture. La broderie intervient par la suite.
Enfant, j’étais fasciné par mes grands-mères lorsqu’elles brodaient. Elles avaient ces gestes qui semblaient étirer le temps.
La broderie me permet de me réapproprier l’intime, l’essence même de ces clichés. Elle vient ornementer le souvenir qui me permet d’y intégrer ma propre histoire.
Agnès Varda a écrit : « Il n’y a rien de plus fécond que de partir de la réalité pour tisser une œuvre avec les fils de son imaginaire. »

"I work in 'sound' photography, mostly old family photographs expressive of their times and having no artistic aims. They do not take into account rules of composition or aesthetics. Their only aim is to catch a fleeting moment. These anonymous people in their enigmatic settings testify to their own history, our history and our memory. These images which I enlarge digitally are then painted. The embroidery comes later. As a child, I was fascinated by my grand mothers' embroidery. Their gestures seemed like they were stretching out time. The embroidery brings closer the intimacy and even the essence of these prints. They serve to ornament the memories of my own story.
As Agnès Varda wrote: "There is nothing more fertile than to start from reality and to weave a work of art from the threads of the imagination."

Olivier Camen

CV. resume

Né en 1964.
Elevé par deux grand-mères : l’une couturière et l’autre blanchisseuse.
Années 80 :
Ecole des Arts Plastiques de Paris
Années 90 :
Reprend la peinture.
Expose. Il crée Les Passagers de l’Art : Association qui va gérer l’intervention d’artistes lors de manifestations comme les férias ou les fêtes de la musique.
Réalise des toiles pour des hôtels à Nîmes et à Marseille.
Ouvre à Montpellier le « Centre », un lieu associant salle d’exposition et ateliers d’artistes. Cet espace sera soutenu pas la DRAC et certains projets seront montés en collaboration avec le FRAC.
1996 :
Début d’un travail de recherche sur le thème de la mémoire à partir de photos anciennes.
1998-2003 :
Se consacre entièrement à la décoration textile. Utilise la sérigraphie et la broderie. Travaille avec des ateliers de confection et de broderie dans la région lyonnaise et découvre un nouvel univers.
Depuis 2003 :
Travail personnel avec la volonté d’y associer son goût pour l’image avec la broderie. Il puise dans sa propre histoire, dans ses propres souvenirs.

PRESSE. press


______________________________________________________________________

Article de l'exposition sur LoveryStudio.com

_______________________________________________________________________

Jean-Claude Carrière


« MÉMOIRE BRODÉE »


Il y a plus à attendre du passé que de l’avenir. Les choses d’autrefois sont grosses de surprises et la terre elle-même – les archéologues le savent – dissimule encore mille secrets. Nous marchons, sans le savoir, sur de l’inconnu.

Certains de ces secrets sont lointains, enfouis dans des jungles ou sous des masses de sable apportées par des siècles de vent. D’autres sont plus récents, ils datent à peine du siècle dernier : entassements d’images, de confidences, de sourires et de regards, que nous pensions promis à l’oubli. Car l’oubli nous est nécessaire. Si nous nous rappelions tout ce que nous avons su, tout ce que nous avons vu, nous n’aurions plus le temps de vivre.

Chacun peut essayer, à sa façon, de retrouver ces secrets, petits ou grands, surtout s’ils nous sont proches. Nous sommes tous des explorateurs et même des aventuriers de notre passé, que nous confondons assez souvent avec notre mémoire. Je dis que nous les confondons car le passé n’est plus, par définition, et ne nous appartient en aucune manière, même le nôtre, tandis que la mémoire est une activité du temps présent, soumise à la dictature d’aujourd’hui. Elle ne restitue pas le passé, elle le transforme, et presque toujours le défigure.

Cette lutte incessante que nous menons pour ne pas effacer toutes les traces que nous laissons derrière nous est dirigée non seulement contre l’oubli, contre ce que nous appelons des « trous de mémoire », véritables trous noirs où toute une réalité s’engouffre à jamais, mais contre le temps, adversaire intraitable avec lequel nous ne cessons de combattre – ou de ruser.

Ce que nous pouvons voir dans le travail d’Olivier Camen – mais chacun peut y voir ce qu’il veut, aucune vision ne s’impose – c’est, au-delà de la nostalgie, une tentative de cet ordre, particulièrement originale. Elle consiste à récupérer quelques vestiges d’autrefois, le plus souvent des photographies (le siècle qui nous a vus naître en déborde), et à leur donner une vie nouvelle.

Olivier est un artiste, à n’en pas douter, mais aussi un artisan et surtout – sans qu’il s’en doute peut-être - un prêtre. Ce qu’il fait tient d’un rituel patient, semblable par moments à celui des anciens Égyptiens. La cérémonie qu’il célèbre est solitaire et minutieuse. Il veut conserver, mais sous une forme idéale. Il ne s’agit pas, pour lui, de choisir des photographies qui témoigneraient d’une certaine recherche esthétique : surtout pas. Il lui faut la vie de tous les jours, le témoignage d’un moment que, tous, nous aurions pu connaître. Au noir et blanc simplifié qui nous est resté de ces moments-là, il donne de la couleur et de la matière, des broderies, des incrustations, il fait miroiter les étoffes immobiles, il va jusqu’à couronner de blanc la crête des vaguelettes.

Il est de ceux – et je le comprends – qui voit dans les doigts d’une brodeuse les outils mêmes de l’art que nous appelons populaire. Il admire probablement, comme moi, les artistes obscurs, les sabotiers, les ferronniers, les peintres sur tissus, les travaux de dentelle et de tapisserie, qui peuvent être des chefs-d’œuvre.

Art populaire magnifié, régénéré, exhaussé. Il s’agit là aussi, évidemment, dans ces « décorations textiles » (ne pas se fier à la modestie trompeuse de l’expression qu’il utilise), de lutter contre la mort et la disparition définitive qui nous guette. Il s’agit, en métamorphosant « ce qui a été », d’aider à la naissance de « ce qui sera », d’établir une ligne, une continuité dans ce qui nous semble obligatoirement morcelé, et le plus souvent écartelé. Il s’agit aussi de laisser après soi – en plus d’une œuvre - une impression différente, faite de tranquillité, de patience sereine et même de joie de vivre – de joie de survivre.

Olivier Camen, seul avec ses images, ses aiguilles, ses fils et ses pinceaux, travaille dans le temps, qu’il s’est approprié. Il orne des fantômes, qui sans doute s’en réjouissent. Il s’oppose à l’effacement des formes en leur donnant, presque discrètement, quelques éléments de beauté. Il s’efforce de réconcilier sa mémoire et notre passé.



©Jean-Claude Carrière, pour la Galerie Basia Embiricos, mars 2009